Compassion illégale (Le Soleil)


Élisabeth Fleury

Le Soleil

(Québec) Les corps policiers de Québec et de Montréal ont procédé conjointement la semaine dernière à la fermeture de tous les centres Compassion de la province. L’origine de cette opération proviendrait des pratiques peu orthodoxes d’un club situé à Lachine. Non seulement plusieurs pratiques douteuses avaient-elles été signalées - il semble notamment qu’une simple déclaration signée par un commissaire à l’assermentation suffisait pour avoir une carte de membre -, mais le centre était aussi l’objet de nombreuses plaintes de résidants du secteur qui en avaient contre l’incessant va-et-vient.

Il est évident que les policiers ne pouvaient tolérer plus longtemps les abus commis au club de Lachine. Mais ce qui est plus difficile à comprendre, c’est la raison qui les a poussés à fermer aveuglément tous les centres Compassion, tolérés jusque-là. Pourquoi un bazooka pour tuer une mouche ? Aux dernières nouvelles, quatre des cinq dispensaires de cannabis de la province n’avaient pas grand-chose à se reprocher, sinon d’opérer dans un flou juridique. À Québec, la police a justifié la fermeture du Centre Compassion de la rue Saint-Jean par le fait que des gens pouvaient s’y procurer de la marijuana « sans détenir les permis légaux ». Soit. Mais pourquoi ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui ? L’histoire ne le dit pas.

Certes, les responsables du club de Québec fournissaient de la marijuana à certains malades chroniques qui ne détenaient pas de permis de Santé Canada, difficiles à obtenir par ailleurs. Mais s’ils exerçaient en revanche un contrôle rigoureux en se limitant à ne fournir du cannabis qu’aux personnes détenant une attestation médicale de leur maladie, difficile de leur en vouloir. Si, de surcroît, le Centre Compassion de la rue Saint-Jean permettait aux malades d’avoir accès à du cannabis de qualité et adapté à leurs besoins, leur évitant ainsi d’aller s’approvisionner sur le marché noir, on ne peut franchement pas être contre la vertu.

Le problème, c’est que même si la marijuana est réputée pour soulager efficacement les souffrances liées à certaines maladies, les médecins québécois hésitent à en prescrire à leurs patients. Or, pas de prescription médicale, pas de permis de Santé Canada. C’est précisément ce vide que venaient combler les centres Compassion.

Au lendemain de la fermeture de ces centres, certains estiment qu’il faut rouvrir le débat sur la légalisation du cannabis. Voyons-y surtout l’occasion de songer à la possibilité d’« accréditer » les centres Compassion et d’assouplir les règles d’octroi des permis de possession et de production de marijuana à des fins thérapeutiques.

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/editoriaux/201006/09/01-4288475-compassion-illegale.php


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